Bouddhisme et littérature : les moines dans le roman de Jin Yong
 
Auteur(s) :ZHAO Zhuanhong
ISBN :978-2-84279-590-0
Date de parution :2014
Pages :313
Poids : kg
Dimensions :
Prix :25.00 €
 

Préface de Jean-Noël Robert (membre de l'Institut, professeur au Collège de France).




Depuis son premier roman publié en feuilletons quotidiens en 1955, Jin Yong a déclenché ʺla frénésie Jin Yong ʺ dans le monde chinois.

Les épisodes tenaient en haleine ses lecteurs, au point que les gens faisaient la queue devant les kiosques dans l’attente de l’arrivée des journaux du soir!

A Bangkok, certains même demandaient aux journaux de leur envoyer par télex l’épisode du jour, afin de satisfaire leur impatience et leur appétit. 
Cet engouement sévit depuis plus de cinquante ans sur toute la communauté chinoise : de Hong Kong à Macao, jusqu’aux pays de l’Asie du Sud-est, puis de l’Outre-mer, à Taiwan, et enfin en Chine continentale à partir des années 80, tout le monde se raconte et parle de Jin Yong.

« Partout où il y a des Chinois, il y a forcément un roman de Jin Yong !».

Effectivement, dans la Chine du XXe siècle, le phénomène Jin Yong est l’un des plus importants phénomènes culturels, et l’auteur est le plus populaire des écrivains - sans doute aussi le plus lu dans le monde asiatique.

En 2003, un sondage l’a classé deuxième « grande idole culturelle chinoise du XXe siècle », juste derrière Lu Xun鲁迅 (1881-1936), le père de la littérature chinoise moderne, devant Qian Zhongshu钱钟书 (1910-1998), Ba Jin巴金 (1904-2005) et Lao She老舍 (1899-1966).

En 2010, dans la septième enquête nationale sur la lecture et du choix de lecture auprès de la population, Jin Yong a été plébiscité comme l’écrivain
«le plus apprécié des lecteurs chinois».




Les quinze romans de Jin Yong constituent une sorte d’encyclopédie pour la Chine du passé, puisqu’ils traitent d’astronomie, de géographie, de stratégie militaire, des histoires d’épée, des mathématiques, de médecine, d’acupuncture, des arts martiaux, de musique, du jeu de go, de calligraphie, de la peinture, de l’art du thé, du vin, de la cuisine, de l’art du jardin, du confucianisme, du bouddhisme, du taoïsme etc.

Au XXe siècle, il n’existe peut-être pas d’œuvre aussi colossale, aussi riche en formes, en matière et en références que l’œuvre de Jin Yong.
Il n’en existe certainement aucune où s’expriment, avec autant de liberté, d’invention et d’érudition, scènes et tragédies, à travers les lieux, les pays à des époques différentes et où se croisent d’aussi nombreux personnages, et où s’accomplissent autant de destins.

Jin Yong raconte et décrit, Jin Yong invente, reprend et adapte des citations tirées des œuvres classiques, des allusions littéraires ou historiques.
Jin Yong écrit, construit un univers d’aventures, celui de Jianghu 江湖 (Des Fleuves et des Lacs) .

Nous, les lecteurs, nous le suivons partout, nous le lisons obsessivement jusqu’à en oublier de manger et de dormir. Nous rions, pleurons, avons le cœur serré et l’esprit conquis, nous marchons sur les pas du héros, vivant avec lui, l’histoire qu’il est en train de vivre sous nos yeux et avec nous. Un roman de Jin Yong, c’est, à chaque page, la tentation de la liberté, les élans de l’imagination, le souffle de l’aventure, le charme du dépaysement.

Lire et relire, deux fois, trois fois même, et pourquoi pas quatre fois, cela est arrivé à beaucoup de lecteurs, qui ne se lassent pas de vivre avec les personnages.
C’est un « phénomène étrange de lecture », observe le professeur Yan Jiayan, à propos de l’incroyable talent de conteur de Jin Yong. Cependant, les techniques littéraires de l’auteur n’ont pas encore dévoilé leur mystère.
On se demande quel est le « truc » de cette attraction magique, cette fascination envoûtante pour ses écrits ?



Si les arts martiaux sont les instruments incontournables dans les conflits et les guerres, propres à générer haine et vengeance, la compassion bouddhique a pour mission de vaincre les « six causes » des malheurs humains.

Comment Jin Yong va-t-il résoudre ce dilemme et cet antagonisme dans ses intrigues ?
Quelle est la place des moines bouddhistes dans le monde du Jianghu ?
Quel est leur rôle dans la guerre de Wulin武林, la forêt des arts martiaux ? 


Cette étude pour découvrir ce qui se cache derrière ce génie de la narration, pour tenter de comprendre pourquoi et comment Jin Yong parvient à tenir et à passionner son lecteur avec autant de puissance, et également, à découvrir les spécificités de la fiction de Jin Yong.



En effet, non seulement dans l’histoire du genre, mais aussi dans l’ensemble de la littérature chinoise moderne et contemporaine, Jin Yong est un des rares écrivains, qui a choisi le moine comme objet d’expression.

Il a créé des centaines de personnages bouddhistes, au rôle principal ou secondaire, et qui, avant de devenir moine, avaient des origines diverses : soit empereur, soit bandits, ou meurtrier, ou bien avec des professions multiples : médecin, boucher…etc. Ces portraits littéraires sont réels, bien vivants. Nous pourrons cheminer avec eux, et à travers eux, nous imprégner du talent du Jin Yong.