Connaissance de l'Ouest : Artistes et Écrivains chinois en France ( 1920-1950)
 
Auteur(s) :Muriel DÉTRIE ; Éric LEFEBVRE ; LI Xiaohong
ISBN :9782842796051
Date de parution :211
Pages :20
Poids :0 kg
Dimensions :
Prix :20.00 €
 

La fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle voient arriver en Chine de nombreux voyageurs français parmi lesquels des écrivains ayant pour noms Paul Claudel, Victor Segalen, Saint-John Perse, Henri Michaux, qui renouvellent la poétique et l’esthétique occidentales en tirant profit de leur découverte sur le terrain de la culture chinoise. Ce mouvement de « connaissance de l’Est » a été abondamment étudié mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il a connu son équivalent dans le sens inverse. En effet, dans les années mêmes où l’écrivain diplomate Paul Claudel, en poste en Chine, compose son recueil de poèmes en prose intitulé Connaissance de l’Est dans lequel il fait part des réflexions que lui suggère la réalité orientale, de jeunes Chinois commencent à faire des voyages à l’étranger et notamment en France pour se former aux arts, à la littérature et à la pensée de l’Occident. Durant plusieurs décennies, jusqu’à ce que l’établissement de la République Populaire de Chine en 1949 vienne mettre un coup d’arrêt brutal au mouvement, ils sont nombreux, artistes et écrivains, à s’imprégner durant leurs voyages ou séjours en France de culture occidentale, à réfléchir au devenir de leur propre culture au contact de celle-ci, et à contribuer à leur retour en Chine, riches de leur expérience française, à l’invention d’une nouvelle culture chinoise. C’est cette « connaissance de l’Ouest » faite à la fois d’observations, d’acquisitions, d’interprétations, d’adaptations et de transformations que le présent recueil d’articles se propose d’étudier dans le domaine des arts plastiques et de la littérature. Il résulte d’un colloque, co-organisé par l’université d’Artois à Arras et le musée Cernuschi à Paris les 18 et 19 octobre 2011, qui a accompagné une exposition intitulée « Artistes chinois à Paris – 1920-1958, de Lin Fengmian à Zao Wou-ki » (9 septembre - 31 décembre 2011). Mais tandis que l’exposition du musée Cernuschi avait pour ambition de proposer un panorama de la production des peintres et sculpteurs chinois qui avaient séjourné plus ou moins longuement à Paris pendant l’entre-deux-guerres , le colloque a adopté une perspective plus large en s’intéressant non seulement aux artistes, mais aussi aux écrivains, critiques d’art, traducteurs, ou simples étudiants qui s’étaient succédé en France durant la même période puis étaient retournés dans leur pays, permettant de montrer que le rapport à la France avait suscité une diversité d’interrogations et de réflexions sur soi-même et sur l’autre, sur les relations entre tradition et modernité, sur le rôle de l’artiste et sa place dans la société, qui transcendaient les différences entre les arts voire entre la Chine et l’Occident. 



Tous les articles de ce volume le prouvent, la « connaissance de l’ouest » dont témoignent les œuvres des artistes et des écrivains chinois qui ont étudié en France durant la première moitié du XXe siècle dépasse le cadre du simple apprentissage et de l’imitation des modèles étrangers : quels que soient les maîtres qu’il se sont donnés, les écoles ou courants qu’ils ont privilégiés, les leçons qu’ils en ont tirées, dans tous les cas ils se sont montrés critiques, créatifs et ont fait naître une culture nouvelle au sein de laquelle l’ancien et le nouveau, le propre et l’étranger, le personnel et le collectif n’ont cessé de dialoguer. Certes, les bouleversements et l’évolution politique que la Chine a connus durant la première moitié du XXe siècle ont joué un rôle important dans la manière dont l’expérience française a été interprétée et assimilée, et ont conduit peu à peu à privilégier une forme d’art réaliste chargée d’éduquer le peuple qui a fini par se figer et se couper de ses sources étrangères après la prise du pouvoir par le Parti communiste chinois en 1949. Mais les artistes et écrivains qui sont apparus à la faveur de la réouverture de la Chine sur le monde à partir des années 80 ont renoué le dialogue en redécouvrant l’expérience de leurs aînés et en en appréciant toute la richesse et la diversité.